Tout passe et se succède. Moi seul je demeure.
[Anatole France]
J'ai envie de trouver le mode "retour en arrière" de ma vie.
Je dis toujours que je ne regrette rien mais je me mens. J'ai envie de repartir dans mon passé, de revivre la vie pareillement mais sans jamais dépasser le CM2. Sans jamais grandir. Faire une boucle infinie entre ma naissance et mes 11 ans. Toujours. Encore.
Je veux redécouvrir le mot terrorisme en regardant avec effrois les tours tomber. Je veux comprendre le mot Tsunami en écoutant mes parents m'expliquer les images de la télévision. Je veux avoir peur en voyant Le Pen au deuxième tour contre Chirac. Je veux apprendre à compter avec des faux billets et des fausses pièces de francs et tout avoir à refaire avec des euros. Je veux de nouveau me tenir debout et compter jusqu’à 100 devant toute ma classe. Je veux encore mettre une graine dans un pot de yaourt remplit de terre et l'offrir à ma mère pour la fête des mères. Je veux courir encore une fois dans ce petit appartement de banlieue mon doudou à la main. Je veux empêcher mon frère d'attraper mes barbies. Je veux revoir mes parents ensembles, heureux. Je veux rencontrer chaque année ma meilleure amie. Je veux demander à mes parents la permission de prendre le téléphone pour lui proposer de venir passer l'après-midi chez moi. Je veux redécouvrir la joie de découvrir un ordinateur dans la maison. Je veux rejouer à Adibou après avoir terminé mes devoirs et appris mes leçon par coeur. Je veux les réciter de nouveau à ma mère. Je veux me faire engueuler par mon père car je suis nulle en maths un dimanche matin. Je veux trouver le monde trop grand. Je veux avoir peur de voyager. Je veux pleurer à chaque rentrée des classes. Je veux faire mes devoirs de vacances sous le soleil et la contrainte. Je veux aller me baigner dans la mer sans avoir à me soucier du regard des autres. Je veux découvrir mon premier CD sur mon lit. Je veux revoir ma chambre rose de petite fille. Je veux ignorer ce qu'est la méchanceté des autres. Je veux ne jamais avoir connu le rock. Je veux ne jamais avoir souffert par amour. Je veux avoir les poches pleines de billes. Je veux jouer avec mon frère un dimanche pluvieux. Je veux déballer mes cadeaux sous le sapin en me jurant que l'année prochaine je resterais éveillée assez longtemps pour croiser le Père Noël.
Je veux ma vie d'avant. Je veux ma vie d'enfant. Je ne veux plus des guerres. Je ne veux plus des critiques et des regards que vous portez sur moi. Je ne veux plus être jugée "retardée" car j'aime les poupées. Je veux que les musiques que j'écoute soient les hits de l'année, pas des vieilles chansons oubliées ou trop reprises. Je veux reprendre du plaisir à lire des livres, aller au cinéma une fois par an. Je veux rêver en regardant la neige tomber.
La vie est une grande ligne droite, sans début ni fin. Nous ne sommes de des segments parallèles à cette immense ligne. Je sais que jamais ça ne sera possible. Alors je m'enferme dans ma chambre, je prépare une playlist de 24 heures ne contenant que ces chansons qui m'ont vu grandir, je me cache sous ma couette et je rêve. Je m'imagine revivre cette période. J'use mes souvenir à m'en faire pleurer de douleur. Puis j'ouvre de nouveau les yeux, je vois mon portable vibrer, mon ordinateur afficher mes conversations msn, skype, facebook ... je vois tout ce que j'ai et qui ne me convient plus. Je finis par oublier, par me dire qu'avoir une carte imagine-R est bien mieux que de rêver Paris de ma fenêtre, je continue sur ma lancée. Mais le passé est là, toujours présent, à l’affût de la moindre faiblesse. Il attend que je sois mélancolique, triste, sans humeur pour refaire surface. Il prend toujours la même forme : un accident. Une lettre qui s'échappe d'un tiroir, une photo qui tombe d'un album, une peluche qu'on retrouve au fond de l'armoire et voilà de nouveau cette douleur qui revient. Cette envie de ne pas grandir, de ne vivre que mes 11 premières années encore et encore, ce besoin de redevenir petite et de croire de nouveau. C'est une croix à porter, un fardeau lourd mais délicieux car après tout, je souffre donc je suis.
Je vous aime.

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